L'Art de Rêver
- p-fontana
- 14 janv.
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 janv.
LE PASSAGE ENTRE LES MONDES
"En explorant nos rêves, nous retrouvons la liberté de rêver notre vie en conscience."
"Rêver, ce n'est pas fuir la réalité, c'est apprendre à la voir autrement."
Il existe un moment, parfois discret, où l’on comprend que le rêve n’est plus seulement une histoire nocturne. Quelque chose se stabilise. La perception se déplace. Le rêve cesse d’être un spectacle intérieur pour devenir un territoire à habiter.
Ce texte est né de ce déplacement. Il ne propose ni méthode rapide, ni interprétation symbolique des rêves. Il est le partage de mon expérience du rêver, de mes rencontres avec l’inconnu et de l’apprentissage progressif de l’attention, le long d’un chemin que j’arpente depuis plusieurs années.
Il s’inscrit dans une pratique où le rêve n’est pas un objet à expliquer, mais un lieu de relation, d’écoute et de présence.
LE RÊVE COMME LIEU DE CONNAISSANCE
Dans de nombreuses traditions chamaniques, le rêve n’est pas réduit à une production mentale. Il est un lieu de savoir, un espace d’action et un pont entre les mondes.
La singularité de la tradition toltèque réside dans sa rigueur et sa focalisation sur la perception énergétique. Elle refuse le symbolisme et toute psychologisation du rêve pour s’appuyer sur une transformation directe de la perception. Dans cette perspective, le rêve n’est pas une image à comprendre. Il est une réalité à traverser.
LE RÊVE ET LA CONSTRUCTION DE LA RÉALITÉ
Dans l’approche toltèque, le rêve est un outil de connaissance de soi.
Il révèle la manière dont nous construisons notre réalité, de nuit comme de jour.
Dès l’enfance, nous apprenons à rêver éveillés selon des règles imposées : croyances, peurs, jugements. Ces accords deviennent la structure invisible de notre monde intérieur.
Les rêves nocturnes offrent un accès direct à cette structure. Libérés du contrôle habituel du mental, ils exposent sans filtre nos conflits, nos attachements et nos émotions profondes.
Leur valeur ne réside pas dans ce qu’ils signifient, mais dans ce qu’ils déplacent en nous.
Pratiquer le rêver consiste alors à :
· se souvenir
· observer sans juger
· accueillir les émotions
· reconnaître les accords qui s’y manifestent
Peu à peu, la relation à soi-même se transforme.
Explorer ses rêves devient alors un chemin de lucidité, ouvrant à une relation plus libre et plus consciente à soi-même.
LE RÊVER DANS LA TRADITION TOLTÈQUE
Dans la tradition toltèque, telle qu’elle a été transmise par Carlos Castaneda à travers l’enseignement de don Juan, le rêver est une voie de connaissance et une passerelle entre les mondes.
Le rêve n’y est pas interprété. Il est habité.
Si le rêve lucide est une technique, le rêver est une voie de transformation.
Le rêve n’est pas une production de l’inconscient. Il est un champ de perception réel, non symbolique.Le rêver devient alors une discipline énergétique, fondée sur le déplacement de la perception et l’élargissement de la conscience.
LE PASSAGE PERCEPTIF
Dans la tradition toltèque, le rêve devient réel lorsque le Point d’Assemblage se déplace.
Par ce mouvement, la perception se transforme : d’autres aspects du réel deviennent visibles et d’autres mondes ou niveaux de réalité peuvent être perçus
Lorsque cela se produit :
· la perception change
· le monde du rêve gagne en stabilité
· les expériences cessent d’être purement subjectives
Alors, les lieux, les formes de conscience et les interactions ne dépendent plus uniquement du rêveur ; ils cessent d’être de simples projections psychiques.
Le rêver est une pratique progressive et initiatique. Le but n’est ni le contrôle ni l’analyse, mais une transformation durable de la perception et le développement d’un corps énergétique capable d’agir en conscience sur un autre plan de la réalité.
RÊVE LUCIDE ET RÊVER : LES DIFFÉRENCES
Le rêve lucide est une technique de conscience. Le rêveur sait qu’il rêve et peut, dans une certaine mesure, influencer le déroulement du rêve. Il s’agit d’une expérience intérieure, centrée sur la conscience individuelle, qui permet d’explorer le monde psychique, de dialoguer avec ses contenus et parfois de transformer certains schémas personnels.
Le rêver toltèque, quant à lui, n’est pas une technique mais une voie de connaissance. Il repose sur un déplacement de la perception par lequel le rêve cesse d’être un espace intérieur pour devenir un champ de réalité cohérent et autonome. Il ne vise ni le contrôle mental ni l’interprétation symbolique, mais une transformation durable de la perception et le développement d’un corps énergétique, capable d’agir en conscience.
En résumé :
· le rêve lucide éclaire le rêve
· le rêver déplace la perception
· le rêve lucide cherche une expérience consciente
· le rêver transforme l’être
Bien qu’ils puissent se ressembler extérieurement, ils ne relèvent pas du même plan de réalité.
VOIR ET RÊEGARDER
Dans la tradition toltèque, il existe une distinction fondamentale est faite entre regarder et voir.
Regarder consiste à percevoir le monde à travers les sens ordinaires, tels que nous les utilisons au quotidien.
Voir consiste à percevoir directement l’énergie, au-delà des formes et des interprétations habituelles.
Le rêver a pour but de développer le Voir.
Il ouvre l’accès à une perception directe des fibres énergétiques et des structures non symboliques de la réalité.
Il ne s’agit pas de comprendre, d’analyser ou d’interpréter, mais de percevoir sans intermédiaire.
Voir, ici, n’est pas une métaphore : c’est un changement réel de position perceptive.
LE RÔLE DES MAINS DANS LE RÊVER
Voir ses mains dans le rêver n’est pas un exercice symbolique ni une simple technique de lucidité.
C’est un acte perceptif fondateur.
Cet acte fixe l’attention dans le rêve et y engage le corps énergétique. Par cette fixation, le rêve cesse d’être fluctuant ou passif : il gagne en stabilité, en cohérence, et devient un espace dans lequel le rêveur peut se maintenir.
Les mains ne servent pas d’abord à « prouver » que l’on rêve. Elles servent à déplacer le point d’attention et à ancrer la perception dans le monde du rêver.
Elles constituent un premier point d’appui pour que le rêve soit habité, plutôt que subi.
Voir ses mains marque ainsi le passage :
d’un rêve vécu comme image,
à un rêve vécu comme champ de perception réel.
Ce geste engage le corps énergétique et ouvre la possibilité d’agir dans le rêver, non par contrôle mental, mais par présence soutenue.
LES PORTES DU RÊVER
À mesure que l’attention se stabilise et que la perception se déplace, le rêver cesse d’être un espace indifférencié.
Il révèle une structure.
Dans la tradition toltèque, telle qu’elle a été transmise par Carlos Castaneda, cette structure est décrite comme un chemin progressif, jalonné de seuils perceptifs appelés Portes du Rêver.
Ces portes ne sont ni des étapes mentales, ni des niveaux symboliques, ni des états à atteindre par la volonté. Elles correspondent à des changements réels de position perceptive, franchis à mesure que l’attention gagne en stabilité et que le corps énergétique se constitue.
Chaque porte marque une maîtrise plus fine de l’attention et une relation plus directe au rêve comme champ de perception.
Leur franchissement ne dépend ni de l’imagination ni du contrôle mental, mais d’un entraînement patient et rigoureux de la perception, au cœur même de l’art du rêver.
Les Portes du Rêver ne s’ouvrent pas par la compréhension intellectuelle. Elles se franchissent par l’expérience directe, une à une, lorsque la présence devient suffisante pour maintenir la continuité du rêver sans dispersion.
Explorer les Portes du Rêver, c’est suivre le chemin par lequel le rêveur apprend progressivement à habiter le rêve en conscience, à y demeurer avec stabilité, et à étendre cette liberté perceptive au-delà du sommeil, jusque dans la vie éveillée.
PREMIÈRE PORTE : PRENDRE CONSCIENCE QUE L'ON RÊVE
La première porte du rêver s’ouvre lorsque le rêveur parvient à maintenir son attention dans le rêve sans être emporté par ses images.
À ce stade, le rêve cesse d’être une succession d’événements subis. L’attention commence à se tenir dans le rêve, sans le dissoudre ni s’y dissoudre.
Il ne s’agit pas encore d’agir, ni de diriger le rêve, mais de demeurer présent. La continuité de la perception devient possible, fragile au début, mais réelle.
Cette première porte ne demande ni effort mental ni excitation volontaire. Elle s’ouvre lorsque l’attention devient suffisamment stable pour habiter le rêve, même brièvement.
Lorsque cette stabilité devient possible, même brièvement, le rêver peut se prolonger. Une nouvelle exigence apparaît : maintenir la continuité de la perception.
DEUXIÈME PORTE : STABILITÉ ET CONTINUITÉ DU RÊVE
La deuxième porte du rêver s’ouvre lorsque l’attention peut se déplacer dans le rêve sans en interrompre la continuité.
À ce stade, le rêve n’est plus seulement habité :il devient cohérent et stable dans la durée.
L’attention apprend à se mouvoir dans le rêve sans provoquer sa dissolution. La perception se maintient à travers les changements de lieu, de forme ou de situation.
Il ne s’agit toujours pas de diriger le rêve, mais de préserver la continuité de la présence.
Le rêver acquiert alors une qualité nouvelle : celle d’un espace habitable de déplacement, plutôt qu’une succession de scènes discontinues.
Lorsque la continuité du rêver devient stable, un nouveau seuil apparaît : celui d’une perception suffisamment dense pour permettre l’interaction sans rupture
TROISIÈME PORTE : FRANCHIR LES LIMITES DU RÊVE PERSONNEL
La troisième porte du rêver s’ouvre lorsque la perception devient suffisamment dense pour soutenir l’interaction sans rupture.
À ce stade, le rêve n’est plus limité aux contenus issus de la mémoire ou de l’histoire personnelle du rêveur. La perception peut se déplacer au-delà du rêve individuel, sans perdre sa cohérence ni sa stabilité.
Le rêver révèle alors des champs de réalité qui ne sont plus façonnés par les repères familiers ni par le passé personnel du rêveur.
La présence se maintient face à l’inconnu, sans projection symbolique ni interprétation.
Le rêver donne alors accès à des formes de conscience perçues directement, dans une relation non interprétative.
La qualité de la perception se transforme profondément : le rêve acquiert une intensité de réalité telle qu’il ne peut plus être réduit à une expérience intérieure ou imaginaire. Il se vit comme un champ cohérent, autonome et pleinement habité.
Pourquoi ces expériences ne doivent pas être recherchées
Dans l’art du rêver, les mondes inconnus, les formes de conscience et l’intensité de réalité ne sont pas des objectifs. Ils sont les effets d’un déplacement de la perception, non des buts à atteindre.
Les rechercher reviendrait à replacer le rêver sous l’autorité de la volonté ou du désir. Dès lors que l’expérience devient recherchée, la perception se contracte, elle cesse d’être ouverte et se met à produire ce qu’elle attend. L’inconnu est alors remplacé par une construction du soi.
Le rêver ne progresse pas par accumulation d’expériences, mais par dépouillement de l’intention personnelle. Ce n’est pas ce qui apparaît qui transforme la perception, mais la capacité à demeurer présent sans chercher à orienter ce qui se manifeste.
Lorsque ces expériences surviennent sans être recherchées, elles ont une force réelle, elles déplacent le rêveur hors de ses repères habituels et mettent en question la centralité du soi. Lorsqu’elles sont poursuivies, elles renforcent au contraire l’attachement à la maîtrise.
C’est pourquoi, dans le rêver, ces expériences ne sont ni encouragées ni évitées :elles sont accueillies lorsqu’elles se présentent, et laissées lorsqu’elles se retirent.
Lorsque la perception peut demeurer stable face à l’inconnu, un dernier seuil apparaît : celui où le rêver n’est plus seulement exploré, mais traversé.
QUATRIÈME PORTE : LE RÊVE ÉVEILLÉ
La quatrième porte du rêver s’ouvre lorsque le rêveur peut traverser le rêve sans s’y référer comme centre de perception.
À ce seuil, la distinction entre rêve et veille commence à se dissoudre. La qualité de présence développée dans le rêver se prolonge dans l’état de veille. La perception demeure mobile, ouverte et disponible, indépendamment des conditions extérieures.
Il ne s’agit pas de faire entrer le rêve dans la veille comme une expérience particulière, mais de laisser la conscience acquise dans le rêver transformer la manière de percevoir le réel.
Le rêveur devient capable d’orienter son attention aussi bien dans l’état de veille que dans le rêver. Il ne s’agit pas de fuir la réalité, mais d’apprendre à la rêver consciemment.
Dans cette perspective, le rêveur n’échappe pas au réel, il apprend à le percevoir sans s’y perdre, sans s’y fixer, et sans s’y croire séparé.
SENS PROFOND DES PORTES DU RÊVER
Les Portes du Rêver ne sont pas des niveaux de pouvoir, mais des degrés de liberté. À mesure que le rêveur avance, il se libère progressivement des peurs inconscientes, des automatismes mentaux et des accords limitants qui façonnent sa perception.
Le rêver cesse alors d’être une expérience exceptionnelle ou séparée. Il devient un outil de transformation intérieure, capable de déplacer durablement la relation au monde, au soi et à l’inconnu.
LE CORPS ÉNERÉTIQUE ET L'INTENTION
La tradition toltèque affirme l’existence d’un corps énergétique, distinct du corps physique, capable de percevoir, de se déplacer et d’apprendre.
Dans le rêver, le corps physique dort et le corps énergétique agit. Le but n’est pas l’imagination, mais la cohérence, la continuité et l’autonomie de ce corps.
À mesure que le rêver se stabilise, le corps énergétique acquiert une consistance propre, indépendante des fluctuations mentales ou émotionnelles.
L’intention, dans cette perspective, n’est pas la volonté personnelle. Elle n’est ni décision ni effort, ni « je veux ». Elle est une force impersonnelle à laquelle le rêveur s’accorde.
Pratiquer le rêver consiste alors à suspendre le dialogue interne, à réduire l’importance personnelle, et à laisser l’intention guider la perception. Le contrôle n’est pas mental, mais énergétique.
Le rêveur ne décide pas.
Il s’aligne.
FINALITER DU RÊVER TOLTÊQUE
Dans la tradition toltèque, le rêver n’a pas pour but le plaisir, le contrôle ou l’évasion. Il ne s’agit pas de fuir la réalité, mais d’apprendre à la percevoir autrement.
Le rêver vise le développement d’une liberté perceptive, à sortir du conditionnement humain et à ouvrir l’accès à l’inconnu. Par cette pratique, la perception se transforme en profondeur, entraînant une transformation de l’être.
Le rêve n’est pas une fin en soi. Il est un champ d’entraînement, un espace d’apprentissage au service de l’éveil de la conscience.
CONCLUSION
Le rêver est une voie exigeante.
Abordé avec légèreté, il peut devenir source de confusion.
Rêver n’est pas s’évader.
C’est changer de position dans l’univers perceptif.
Le rêve n’est pas une histoire racontée par l’esprit, ni un spectacle intérieur à interpréter. Il est un territoire que la conscience apprend à habiter, avec rigueur, patience et présence.
Sur cette voie, il ne s’agit pas d’accumuler des expériences, mais de transformer la manière même de percevoir. Alors, peu à peu, le rêve cesse d’être séparé de la vie. Il devient un lieu d’apprentissage, au service de la liberté et de l’éveil de la conscience.
Les Portes du Rêver rappellent que la conscience n’est pas figée. Elle peut être entraînée, affinée, élargie.
En franchissant ces seuils, le rêveur découvre une vérité essentielle de la sagesse toltèque : nous ne subissons pas nos rêves, nous apprenons à rêver.
Patrick Fontana
Sur la voie du rêver
TÉMOIGNAGE D'UN CHEMIN DU RÊVER
Je me souviens de la première fois où j’ai vu mes mains dans un rêve. À cet instant, j’ai su que je rêvais. Le monde onirique s’est fissuré, et quelque chose en moi s’est rassemblé. Je n’étais plus emporté par le rêve, j’y étais présent.
Avec le temps, les rêves ont changé de nature. Ils sont devenus plus nets, plus cohérents. Une texture s’y est déposée, différente des rêves ordinaires. Les couleurs étaient plus profondes, les formes plus stables, parfois même des odeurs semblaient présentes. Ce que j’appelais alors une « texture » s’est révélé plus tard correspondre à une trame énergétique.
En maintenant l’attention, j’ai appris à sortir du rêve sans le rompre, à me réveiller, puis à y retourner. Progressivement, j’ai pu passer d’un rêve à un autre, comme on franchit des seuils invisibles. La lucidité s’est installée.
La troisième porte du Rêver ne s’est pas ouverte par volonté.
Elle est venue avec le temps, par une attention maintenue. Le rêve n’était plus une scène, mais un champ. Je n’étais plus seulement spectateur lucide, mais acteur énergétique, l’attention agissait d’elle-même. Au-delà de cette porte, le Rêver cesse d’être un lieu et devient un acte. L’attention agit. Elle se déplace, se condense. La lucidité n’est plus un éclair passager, mais une flamme entretenue. La densité énergétique s’intensifie, jusqu’à rendre possible l’intervention directe.
C’est alors que le Rêver a montré son envers. Des formes. Des présences. Une fois, une attaque : une forme sombre, posée sur moi comme un poids. Une autre fois, des ombres attirées par la lumière de l’attention. Sans pensée ni émotion, le corps de rêve a répondu, par le geste, par les mudra, par l’alignement. L’énergie s’est réorganisée, et les formes se sont dissoutes.
Je comprends aujourd’hui que franchir les portes du Rêver ne consiste pas à accumuler des expériences, mais à apprendre à tenir son attention. Chaque porte n’est pas un exploit, mais un dépouillement. Ce qui passe, ce n’est pas le rêveur, c’est l’énergie elle-même qui apprend à se tenir


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